Métaux précieux : un refuge séculaire face aux incertitudes modernes
Face aux tensions géopolitiques, à la montée des dettes publiques et aux doutes croissants sur les politiques monétaires, l’or et l’argent retrouvent une place centrale dans les stratégies patrimoniales.
Des étalons monétaires aux actifs financiers
L’or et l’argent occupent une place fondatrice dans l’histoire monétaire. Bien avant l’émergence de la finance moderne, ils servaient d’étalons pour fixer la valeur des échanges. De 1790 au milieu du XIXᵉ siècle, les principales économies fonctionnaient selon un système bimétallique, reposant simultanément sur l’or et l’argent. Cette coexistence prenait fin progressivement à la charnière des XIXᵉ et XXᵉ siècles, lorsque l’étalon-or s’imposa, reléguant l’argent à un rôle secondaire.
La grande rupture intervient avec la crise des années 1930, les dévaluations compétitives et la refonte de l’ordre monétaire d’après-guerre. L’or, étroitement encadré par les États, voit alors sa volatilité réelle diminuer, tandis que l’argent adopte un statut hybride, mêlant fonctions monétaires résiduelles et usages industriels croissants.
Bretton Woods : le retour en grâce des actifs tangibles
Le véritable tournant survient dans les années 1970, avec l’effondrement du système de Bretton Woods. La fin de la convertibilité du dollar en or, combinée aux chocs pétroliers et à une inflation élevée, pousse les investisseurs vers les actifs réels. L’or s’impose comme valeur refuge de référence, tandis que l’argent connaît une envolée spectaculaire, amplifiée par l’étroitesse de son marché et par des dynamiques spéculatives marquées.
Depuis le début des années 2000, l’accumulation de dette, la succession de crises financières et le recours massif aux politiques monétaires non conventionnelles ont ravivé l’attrait pour les métaux précieux. Après une forte hausse lors de la crise financière mondiale et au début des années 2010, l’or et l’argent ont corrigé lorsque l’inflation est restée contenue, avant de repartir avec la pandémie, le retour des tensions inflationnistes et la montée des risques géopolitiques.
L’argent : dynamisme cyclique et fragilités structurelles
Sur les douze derniers mois, l’argent s’est fortement apprécié. Cette progression s’explique par une combinaison de facteurs : tensions sur l’offre, demande industrielle soutenue, notamment dans l’électronique et le solaire,, pression spéculative sur un marché étroit, et effet de rattrapage face à l’or. Plus de la moitié de la demande mondiale d’argent provient aujourd’hui de l’industrie.
Cette caractéristique constitue toutefois une fragilité de long terme. Si la hausse des prix n’affecte pas immédiatement la consommation industrielle, elle peut inciter à la recherche de substituts. Le renchérissement de l’argent pose déjà question dans le photovoltaïque, tandis que la demande en bijouterie et en argenterie commence à refluer. À horizon long, les perspectives de l’argent appellent donc davantage de prudence.
L’or : assurance monétaire et actif stratégique
À l’inverse, les conditions macroéconomiques demeurent favorables à l’or. Depuis le début de l’année, son prix a progressé d’environ 22 %, après une hausse de 65 % l’an dernier. Sur cette période récente, il s’est révélé un meilleur amortisseur de la volatilité des actions que les obligations au sein des portefeuilles.
Contrairement aux idées reçues, l’or ne constitue pas une couverture mécanique contre l’inflation. Son prix s’apprécie surtout lorsque la confiance dans la politique monétaire s’érode et que les taux d’intérêt réels deviennent négatifs. Ce mécanisme explique ses performances lors de la stagflation des années 1970 ou des incertitudes monétaires des années 2010. L’or ne crée pas de prospérité, mais protège contre son absence.
Banques centrales et géopolitique : l’or en première ligne
L’or retrouve par ailleurs une dimension stratégique. Le gel de réserves étrangères et l’usage du système financier international comme instrument de sanctions ont incité plusieurs pays à renforcer leurs stocks d’or. La Chine et l’Inde figurent parmi les acheteurs les plus actifs, illustrant une volonté de diversification hors des monnaies fiduciaires. L’or reste le seul actif pleinement indépendant des systèmes bancaires et des autorités monétaires étrangères.
Dans ce contexte, l’assouplissement attendu des politiques monétaires, la persistance d’une inflation supérieure aux objectifs et la dégradation des finances publiques renforcent l’attrait de l’or. La baisse des rendements réels rend son caractère non rémunérateur moins pénalisant. À l’horizon 2026, l’or, et plus largement les matières premières, pourraient ainsi jouer un rôle accru dans la performance et la résilience des portefeuilles.






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